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Être écoresponsable sans remettre en cause son confort ?

Dans le domaine des économies d’énergie, on se concentre surtout sur la conception. On construit des bâtiments et appareils électroménagers basse consommation et tout le marketing associé à ces produits fait penser à l’utilisateur qu’il est écoresponsable. Le comportement des habitants représente un levier fondamental de la transition énergétique. La notion de culture de l’énergie devient fondamentale. Il est rare que le comportement de l’utilisateur soit intégré à la démarche de bâtiment durable alors qu’il est aussi important que la conception pour réaliser les économies d’énergie attendues.

Changer son comportement pour baisser sa propre consommation énergétique signifie agir sur le chauffage, la consommation d’eau chaude sanitaire, la climatisation et tous les autres postes de consommation… C’est-à-dire changer nos habitudes et même si cela doit impacter notre confort. Sommes-nous prêts à des lieux de vie et de travail chauffés à 19°C et éventuellement mettre un pull, prendre une douche de 8 min au lieu de 15 après une grosse journée de travail ? Pas sûr… Beaucoup d’entre nous sommes attachés à un confort de vie et préférons chauffer nos habitations à la température qui nous convient tant que nous en avons les moyens.

De plus en plus de personnes sont sensibilisées sur les questions environnementales et veulent bien faire, mais sans que cela impacte leur confort : « Je veux bien être écoresponsable mais laissez-moi tranquille ».

Projet AFFICHECO : Qu’est-il ressorti de l’étude ?

affichecoL’étude AFFICHECO a été lancée à l’initiative du Pôle Capteurs de l’université d’Orléans, afin de mesurer l’impact de l’affichage des consommations énergétiques poste par poste sur les comportements en résidentiel, à court, moyen et long terme. L’étude veut aussi montrer que pour développer la « culture de l’énergie » dans chaque foyer, fournir des informations détaillées sur la consommation du foyer en temps réel et par poste constitue un pilier.

La RT 2012 induit déjà des niveaux de consommation faibles où le comportement des habitants devient tout aussi important que la performance intrinsèque du bâti. En effet, beaucoup d’études montrent que des bâtiments BBC, une fois habités, ne rencontrent pas du tout leurs objectifs de performance énergétique. Actuellement l’usage des bâtiments n’est pas, voire très peu, pris en compte.

Les objectifs de l’étude AFFICHECO étaient d’évaluer le potentiel d’action de l’affichage des consommations sur le comportement à court, moyen et long terme et de faire comprendre son utilité aux participants.

phoca_thumb_l_carte_repartition_foyersCe projet, mené depuis 2008,  a été réalisé sur 25 familles volontaires suivies sur une période de 15 à 28 mois. Les foyers choisis se trouvent en Région Centre, disposant de 3 zones climatiques distinctes.

Les foyers ont été choisis en fonction de la catégorie socio-professionnelle (tous les foyers étaient issus de la classe moyenne), de la tranche d’âge des participants de 30 à 75 ans. L’étude a été privée d’un public plus jeune car il fallait que les participants soient propriétaires pour pouvoir apporter des modifications à leur tableau électrique.

Tout part du constat que pour modifier son comportement face à la consommation d’énergie, il faut au minimum en être informé. Or, actuellement le compteur général est très mal placé, de plus il ne fournit qu’une valeur de consommation globale cumulée.

Des équipements ont donc été installés dans chaque foyer, permettant l’affichage d’une consommation d’énergie poste par poste et visible à l’aide d’un afficheur. Les postes choisis pour le suivi des consommations étaient les suivants : eau chaude sanitaire (ECS), chauffage, prises de courant et autres (correspondant à la différence entre la consommation totale et celles des postes précédemment cités). Grâce à cet afficheur, les 25 familles étaient capables de voir leur consommation énergétique en temps réel.

Schéma du dispositif :

afficheco

Afficheur utilisé lors du projet AFFICHECO, installé dans chaque foyer volontaire:

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Nous avons pu interviewer un participant au projet AFFICHECO pour mieux comprendre les résultats observés. Sachant que le retour d’expérience permet surtout une étude plus qualitative que quantitative.

En général, il n’a pas été observé de changements de comportement majeurs. Tous les foyers choisis venaient d’une classe sociale moyenne sans problèmes financiers particuliers. De ce fait, ces personnes ont les moyens de payer leur consommation d’énergie sans changer leurs habitudes : « Ce sont des gens qui ont suffisamment de revenus pour ne pas se demander s’ils devraient chauffer moins. Ils voient qu’ils consomment mais tant qu’ils peuvent se le payer ça ne les affole pas. […] Ce sont tout de même des gens sensibilisés sur l’environnement et qui s’estiment être attentifs aux problématiques environnementales. » nous indique le participant.

Ce qui a surtout été observé est que les foyers, connaissant leur consommation poste par poste, ont pu  la réguler en faisant fonctionner leur appareils électroménagers pendant les heures creuses par exemple. Les participants n’ont pas vraiment changé leurs habitudes, leur consommation énergétique reflète le confort de vie qu’ils peuvent s’offrir et auquel ils sont attachés. Néanmoins, on observe chez certains la mise en œuvre de petites actions comme éteindre les veilles, d’autres sont entrés dans une optique de projet de travaux (remplacement des appareils électroménagers par de plus performants, travaux d’isolation des parois…). On observe également des changements de comportements induits par une meilleure compréhension de la consommation, voici une anecdote à ce sujet recueillie pendant le projet: « Parmi les foyers que nous avons suivi, il y avait une dame qui aérait les chambres le mercredi matin, jour de repos, en ouvrant les fenêtres pendant 1h et en pensant à éteindre le chauffage pendant ce temps-là. Cependant, elle a pu se rendre compte avec l’afficheur que sa consommation d’énergie présentait un pic le mercredi matin. Le problème est que d’aérer aussi longtemps refroidit l’air dans les pièces, mais aussi les meubles que le chauffage devra réchauffer ensuite. Or, lorsque la différence entre la température de l’air intérieur et la température souhaitée est grande, le chauffage tire beaucoup. C’est pourquoi elle a compris qu’aérer sa maison pendant 5 min suffisait à renouveler l’air et économiser de l’énergie. »

L’afficheur a été très bénéfique au niveau de la culture de l’énergie. Les foyers ont pu mesurer et comprendre leur consommation, ainsi que se débarrasser de « croyances » que beaucoup d’entre nous ont sur l’énergie. Par exemple, nous avons tendance à associer ce qui est chaud à une consommation d’énergie importante contrairement à ce qui est froid, comme le réfrigérateur. Nous avons aussi tendance à oublier que l’ECS n’est pas qu’une consommation d’eau mais aussi une consommation d’énergie.

Plusieurs phases ont été observées. Dans une première phase les foyers ont montré une réelle curiosité et une grande envie de connaître leur consommation poste par poste afin de prendre les bonnes décisions. Dans une deuxième phase, une fois que les participants ont acquis ces connaissances, ils ont cherché à mieux réguler leur consommation (quand allumer quoi ?) sur le long terme en comparant mois par mois. C’est une phase de surveillance pour vérifier si tout se passe bien. « On observe pas de changements radicaux. Ce sont plutôt des ajustements dans une marge de manœuvre qui est acceptable pour eux et non pas contraignante. » précise le participant au projet. L’afficheur a déclenché des questionnements et a eu un rôle d’aide à la décision pour déterminer sur quel poste il fallait agir, par exemple si on envisageait des travaux fallait-il mieux changer le chauffage ou l’isolation ? Ou encore en incitant les foyers à être attentifs aux étiquettes énergie lors de l’achat de nouveaux appareils électroménagers. L’afficheur a agi comme une formation progressive à la culture de l’énergie.

Le projet a aussi permis de déterminer les bonnes caractéristiques que devait remplir l’afficheur, d’un point de vue aspect graphique (représentation visuelle des consommations) et d’un point de vue usabilité, mais aussi d’étudier au mieux les différentes fonctions que devait assurer un afficheur. Par exemple, l’utilisation de tablette s’est avéré très pédagogique car les gens pouvaient le placer dans des endroits stratégiques (dans la cuisine, à côté de la télé…) pour être sûrs d’y jeter un coup d’œil, « Il faut permettre à n’importe quel utilisateur de comprendre les données sans l’infantiliser, ne pas utiliser de smileys par exemple ».

Perspectives

L’expérimentation pourrait être prolongée sur très long terme afin de mieux se rendre compte de l’impact de l’afficheur dans la vie quotidienne.

L’étude AFFICHECO est à l’origine de retombées industrielles très concrètes telles que:

  • Création d’une Formation technique « telerelevé » (Cresitt)
  • Audit croisé technique et sociologique de sites (Energio et Etics)
  • Meilleur prise en compte des usagers dans les offres de service (Veolia)
  • Conception d’un Ecocompteur (Legrand)

Evolution à venir :

  • Outil web pour petites collectivités (energio)
  • Nouvelle version de l’Ecocompteur début 2015

L’étude a également ouvert des perspectives de mise au point d’interfaces homme/machine pour répondre aux défis de performance énergétique et au Smart Grids.

L’Ecocompteur de Legrand

Logo_Legrand.svgGrâce à sa participation au projet AFFICHECO, Legrand a pu intégrer certains résultats de l’étude dans la conception de son Ecocompteur (actuellement commercialisé) qui se destine au résidentiel et au petit tertiaire neufs. Solution qui évolue encore : la nouvelle version compatible avec les logements anciens sera commercialisée en 2015.

412000_p_210564L’Ecocompteur affiche en temps réel les consommations poste par poste (en kWh et en euros) afin de permettre aux utilisateurs de maîtriser leur consommation énergétique.

Il se présente sous la forme d’un petit boîtier (image ci-contre) relié au compteur électrique. Par ondes il envoie les consommations consultables via smartphone ou tablette.

Pour les foyers les plus modestes, qui bénéficient aujourd’hui des tarifs sociaux, l’Ecocompteur sera gratuit. La loi de transition énergétique va obliger les fournisseurs d’électricité à financer l’affichage de la consommation en euros à l’intérieur des logements.

Réponse de Legrand à nos questions sur l’Ecocompteur :

Quel budget un particulier doit-il engager pour l’installation d’un Ecocompteur et quelles sont les contraintes d’une telle installation ?

« Le tarif public de l’Ecocompteur  est de 220 € HT et accessoire ouvert de 22 € HT

Pour les constructions neuves qui respectent la RT2012, la pose du produit est incluse dans la prestation globale correspondant à l’installation électrique et ne prend que quelques minutes. Il faut donc compter moins de 300 € de matériel pour le client final. 

L’Ecocompteur peut aussi être ajouté dans une installation existante. Pour une installation respectant la norme NF C 15-100 et qui permet de disposer normalement de réserve dans le tableau électrique, il faut compter environ 1 h de main d’œuvre en moyenne qui correspond à la pose du produit sur rail DIN dans le tableau électrique, le raccordement des accessoires et le paramétrage des pages web. Legrand optimise le coût de cette solution de mesure et d’affichage des consommations en proposant un affichage sur IP, donc sans obligation de poser un écran complémentaire, et des accessoires ouverts qui permettent une mise en œuvre et une maintenance plus simples et plus rapides ».

En conclusion nous attirons l’attention sur les points suivants :

Il faut bien faire la différence entre maîtrise de la consommation d’énergie et économies d’énergie. Le participant au projet que nous avons interviewé rappelle que « La promesse d’économies d’énergies est dangereux. Un compteur ne peut pas faire d’économies d’énergie, ce sont les personnes qui en font. Le projet AFFICHECO ne promettait pas de gains économiques aux participants ». En effet, le participant ajoute que lorsqu’on parle d’énergie « il faut s’adresser à l’intelligence des gens et pas seulement à leur porte-monnaie ».

Il faut bien se dire que ce n’est pas parce qu’on est plus capable de réguler sa consommation énergétique qu’on va faire des économies. Cette consommation varie chaque année selon beaucoup de paramètres tels que le nombre de jours passés à la maison, la météo (hiver plus ou moins froid), etc…

Enfin acheter un système tel que l’Ecocompteur est-il rentable ? Le participent au projet donne son avis : « Je ne pense pas que beaucoup de personnes achèteront ce type d’équipement car les gens estiment que ces informations leurs sont dues puisqu’ils sont clients de fournisseurs d’énergie ».

Le rôle des acteurs du projet AFFICHECO 

Pôle Capteurs – Porteur du projet : à l’origine du projet.

Legrand: a mis son expérience au service de l’étude et a tiré profit de l’étude sociologique pour la conception de son écocompteur.

Etics: a mené l’étude sociologique (montrer l’impact de l’affichage sur le comportement des ménages).

Véolia environnement – VERI (Véolia Recherche et Innovation): a analysé les données de consommation et a réalisé le croisement de ces données avec l’étude sociologique.

Energio: a réalisé des études thermiques qui ont permis un état des lieux des caractéristiques architecturales, thermiques et énergétiques des 25 foyers.

Cresitt industrie: a partagé son expertise technique.

S2E2: est le pôle labellisé de référence des technologies de l’électricité intelligente.

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