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Interview du président de la CAPEB Grand Paris: les artisans sont-ils prêts pour la rénovation énergétique ?

HADJIPANAYOTOU Antony Président CAPEB 75
HADJIPANAYOTOU Antony Président CAPEB 75

La CAPEB Grand Paris continue son implication dans le dispositif RGE via le programme de formation mis en place avec Fab21 formation, mais aussi accentue son accompagnement des entreprises dans l’obtention de la mention RGE.

Où en sommes nous en ce deuxième trimestre 2015 ? Monsieur Antony HADJIPANAYOTOU, Président de la CAPEB Grand Paris, partage avec nous ses perceptions à ce sujet.

Quelles sont les remontées de la part des entreprises sur le marché de la rénovation énergétique ?

Deux sortes de retours, tout d’abord, on constate une certaine lenteur et un tassement en ce qui concerne les travaux RGE. Malgré la communication qui est faite autour des aides publiques, les particuliers connaissent peu les possibilités qu’offrent les aides publiques que ce soit les crédits d’impôt, la  tva à 5,5 % et il subsiste un manque de confiance de la part des ménages empêchant le lancement de travaux de rénovation. L’incompréhension et le manque de pédagogie autour des notions de performance énergétique et des aides publiques accroissent ce manque de confiance. Les fabricants de systèmes ou de matériaux communiquent, mais leurs messages se concentrent sur leurs propres métiers et non sur l’intérêt du client à lancer des travaux de rénovation. Aujourd’hui, nous formons les artisans, mais une approche pédagogique auprès des particuliers serait appropriée.

L’année 2014 a plutôt été noire (7,5% de baisse de chiffre d’affaire), et on sait qu’en 2015 la demande sera tirée par le phénomène « transition énergétique » et par les aides de l’état, mais ce sera plutôt sur le second semestre 2015 sachant que la saisonnalité des travaux de rénovation fait que la période propice démarre maintenant.

On ressent une crainte, voire une désapprobation du dispositif RGE, qu’en pensez vous ?

Cette désapprobation existe car le dispositif renvoie, aux artisans, un message comme quoi, « on va vous apprendre votre métier ! » Alors que non, l’expérience et le savoir faire existe, ils constituent les fondamentaux de l’entreprise, il s’agit plutôt d’apporter des éléments clés sur le « travailler ensemble » pour faire des économies d’énergie et les points clés de la thermique du bâtiment.

Il ne faut pas avoir peur d’une qualification et des audits qui l’accompagnent, il ne faut pas que les entreprises se sentent contrôlées, surveillées. Beaucoup d’entreprises ne se sentent pas rassurées que l’on puisse faire proposer n’importe quoi en termes de travaux, et ces actions de formation et de qualification apportent une réponse pour se différencier.

Par contre le coté administratif du dispositif RGE reste très lourd pour les entreprises artisanales. La procédure de qualification qui suit la formation RGE est longue pour les artisans. La qualification Qualibat n’était pas faite au départ pour des entreprises artisanales, mais pour des entreprises plus importantes, afin de répondre à des marchés publiques pour valoriser des métiers. On a reconduit la même procédure pour le RGE. On aurait pu faire plus simple, tout en ayant une procédure respectueuse des normes COFRAC. Le taux de transformation des entreprises en RGE s’en ressent et c’est un risque. Des réflexions sont menées pour simplifier le processus, mais c’est juste le sujet cout qui est abordé et ce n’est pas qu’un problème de coût. Même si ça reste un argument pour ne pas monter un dossier, la complexité de la procédure reste le problème.

La CAPEB Grand Paris, accompagne les entreprises artisanales dans la finalisation du dossier de qualification pour être RGE. Nous avons une expérience et, on peut dire, un « savoir faire » dans la bonne manière de monter un dossier afin que celui-ci soit validé. En réalité on constate que peu d’entreprises montent leurs dossiers toutes seules.

Beaucoup d’entreprises individuelles centrées sur un métier se lancent dans la « labellisation RGE ». Mais une des craintes ressentie est « l’approche globale », la manière d’appréhender plusieurs métiers, le travailler ensemble en réseau. Ces entreprises sont-elles prêtes ?

Depuis 3 ans, la CAPEB travaille sur la mise en réseau, c’est un sujet important pour les entreprises artisanales, pour être présentes sur certains marchés, pour pouvoir concurrencer des grosses organisations mise en place par les énergéticiens par exemple, pour leur permettre d’être plus compétitives que des entreprises tout corps d’état.  Les entreprises sont prêtes, mais il faut les organiser, les former, et les sécuriser. Nous souhaitons en 2015 « territorialiser » l’approche de mise en réseau.

Les politiques publiques tendent pour la plupart à se territorialiser et partant du constat que le territoire est un ensemble constituant un marché à part entière et regroupant un ensemble d’acteurs cohérent, la collectivité territoriale représente un levier pour pérenniser la notion de réseau. La collectivité territoriale a aussi intérêt à valoriser son tissu économique et ses entreprises locales.  En contrepartie, sur le terrain, les professionnels doivent développer une culture de réseaux leur permettant des pratiques de partenariat.

Les entreprises doivent, bien sur, continuer dans le processus RGE tout en s’appuyant sur la CAPEB Grand Paris qui peut organiser la mise en commun de moyens comme l’assistance pour monter les dossiers de qualification mais aussi l’utilisation de services connexes comme l’accès aux auditeurs énergétiques par exemple. La CAPEB Grand Paris en tant qu’organisation professionnelle peut jouer ce rôle et permettre aux entreprises individuelles artisanales de se positionner face aux grosses entreprises sur le marché de la rénovation énergétique.

Il reste des craintes de la part des entreprises artisanales et notamment, le rapport au marketing, le « savoir vendre » en plus du « savoir faire », le « savoir accompagner ». C’est une conduite du changement qu’il faut mener ?

Les objectifs de la formation RGE ne sont pas de former les artisans à mieux vendre et ceci reste un sujet complexe qui fait partie des  chantiers de la CAPEB Grand Paris. Mettre au point des formations sur ce sujet sera nécessaire dans l’avenir. L’approche globale impose non seulement de vendre son métier mais aussi celui des autres et la valorisation d’un réseau sera effectivement une force.

L’artisan est proche de son client, il appartient à son client parfois, il conseille, il a toutes les armes pour défendre son savoir-faire et sa capacité à être maître d’œuvre d’une rénovation énergétique. Encore faut-il qu’il le veuille et s’en donne les moyens.

Les architectes rentrent aussi dans le processus RGE en se formant pour être maître d’œuvre en rénovation énergétique,  c’est une bonne chose, il faut faire en sorte que les architectes se sentent concernés par les problématiques de performances du bâti. Les architectes ne sont pas multi-métiers et doivent collaborer avec les artisans qui apportent leur savoir faire, des préconisations sur la mise en place et sur la technique profonde d’un métier.

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