» » L’agriculture urbaine: génératrice de nature et de biodiversité.

L’agriculture urbaine: génératrice de nature et de biodiversité.

Brooklyn Grange - Pages-energie
Brooklyn Grange – Pages-energie

La densité de population vivant en zone urbaine ne cesse d’augmenter à travers le monde. En 2011 plus de 50% de la population mondiale vivait en aire urbaine et on prévoit que 7 personnes sur 10 y habiteront en 2050.

Et pour cause, la zone urbaine est là où se déroule la majorité de la croissance. En France, 600 km² par an sont artificialisés d’après l’institut français de l’environnement. Et cet étalement de l’aire urbaine continue d’augmenter à travers le monde : la ville de Mexico s’étale 4 fois plus vite que la population ne grandit (donnée de State of the World’s Cities 2012/2013, UN-Habitat).

Cela a pour conséquence une importante diminution des terres rurales et donc des terres de cultures agricoles. Et pourtant  cultiver assez de nourriture pour être à même de nourrir toute la population mondiale nécessite un grand territoire agricole. De plus en plus de personnes migrent des zones rurales vers les zones urbaines, ce qui  signifie de moins en moins d’agriculteurs.

Que signifie agriculture urbaine ?

L’agriculture urbaine pourrait être une solution au problème de l’étalement des zones urbaines. On observe une forte dynamique de cette activité sur les 10 dernières années dans les pays du nord. Une agriculture urbaine qui présente de nombreuses formes et fonctions mais qui pose quand même de nombreuses questions.

Voici la définition de l’agriculture urbaine que nous donnent Moustier et Mbaye : « L’agriculture localisée en ville ou à sa périphérie, dont les produits sont majoritairement destinés à la ville et pour laquelle il existe une alternative entre usage agricole et non agricole des ressources (foncier, eau, main d’œuvre, etc…). L’alternative ouvre des concurrences et des complémentarités d’usage ».

L’agriculture urbaine existe sous une multitude de formes. En voici quelques exemples :

  • Sur toiture, comme pour ce maraîchage au Caire (Egypte) :
Maraichage au Caire - pages-energie
Maraichage au Caire – pages-energie

            Ou comme la Brooklyn Grange de New York :

Brooklyn grange - pages-energie
Brooklyn grange – pages-energie
  • Sous forme de serres commerciales comme la Lufa Farm de Montréal :
Lufa Farm - pages-energie
Lufa Farm – pages-energie
  • Partout où il y a un peu de place (le long des murs, entre deux maisons et même dans des pneus) comme le montrent ces réalisations du projet AULNA (Agriculture Low Space No Space) à Madagascar :
AULNA - pages-energie
AULNA – pages-energie

Pour créer un projet d’agriculture urbaine, il faut s’assurer qu’on dispose de tout le nécessaire pour la pousse des plantes. On va donc devoir créer un substrat assez riche pour permettre d’y cultiver des plantes. Il existe plusieurs méthodes pour cela :

L’hydroponie

Hydroponie - pages-energie
Hydroponie – pages-energie

C’est une méthode qui utilise soit de la fibre de coco soit de la laine de roche comme substrat. On place les plantes au cœur de ces substrats et un flux d’eau coule en-dessous. Les inconvénients de l’hydroponie est que l’utilisation de ces fibres est unique, il faut toujours les changer, or la laine est une substance polluante. De plus cette technique est très consommatrice d’énergie puisqu’elle nécessite d’être chauffée entre autres.

Aquaponie - pages-energie
Aquaponie – pages-energie

L’aquaponie

C’est une méthode qui consiste à combiner plusieurs productions agricoles complémentaires. L’installation est composée d’un bac contenant les plantes, le substrat et beaucoup d’eau, relié à un aquarium rempli de poissons (généralement des tilapias) qui forment un cercle vertueux (cf. image ci-contre). Les plantes se nourrissent des déjections des poissons et inversement. Cette méthode, qu’on peut qualifier de biomimétisme, permet de grandes économies d’eau. On obtient alors deux ressources alimentaires : plantes et poissons, s’autosuffisant entre elles.

La culture en bacs

Culture en bacs - pages-energie
Culture en bacs – pages-energie

Cette méthode consiste à remplir des récipients avec un substrat à base de tourbe, une terre plutôt riche, à laquelle on ajoute des déchets organiques comme du compost, du bois broyé ou encore du marc de café etc…. On y intègre parfois certains animaux de jardin comme des vers, des fourmis ou encore des abeilles, afin de recréer un écosystème.

Quelles sont les opportunités et les freins à l’agriculture urbaine ?

L’agriculture urbaine permet de répondre à beaucoup d’enjeux :

  • Alimentaires: ce type de production fournit des légumes sains, non traités par des produits chimiques. Les aliments ne subissent pas non plus de chocs dus au transport puisque tout est local, la production issue de l’agriculture urbaine est trop fragile pour pouvoir être transportée. Cependant, à l’heure d’aujourd’hui, ce type d’agriculture ne permet pas de nourrir un nombre suffisant de personnes pour ne dépendre que de cette production.
  • Economiques: l’agriculture urbaine crée une dynamique économique entre les personnes qui viennent acheter régulièrement leurs légumes et les personnes qui s’occupent des installations (création d’emplois).
  • Sociaux et récréatifs: création de lieux conviviaux où les gens se retrouvent et échangent en marchant à travers les plantations, notamment à travers les jardins associatifs qui sont nombreux dans la ville de Paris. Certains de ces jardins donnent même la possibilité aux consommateurs de cueillir eux-mêmes leurs légumes.
  • Environnementaux: manger local est une grande problématique du développement durable et l’agriculture urbaine est une solution. Pas de transport, pas de pollution. L’agriculture urbaine apporte aussi un peu de verdure et de fraîcheur à la grisaille des villes urbaines, et c’est bon pour le moral ! En effet, de plus en plus de citadins se regroupent en associations pour demander la création d’espaces verts, étouffés par le béton des villes.
  • Pédagogiques: ces jardins donnent la possibilité aux consommateurs de s’approprier leur alimentation, mais aussi d’éduquer les enfants. Les jardins associatifs permettent aux adhérents de participer à la culture des légumes. L’agriculture urbaine initie des pratiques de consommation plus participatives. Les gens savent ce qu’ils mangent et d’où ça vient, et cela est très important.

L’agriculture urbaine c’est donc beaucoup d’opportunités : améliorer la qualité des produits, recycler les déchets organiques, créer un paysage, favoriser l’emploi solidaire, profiter de l’effet d’îlot de chaleur et rendre des services écosystémiques.

Mais c’est aussi des contraintes. Les jardins doivent s’adapter à la portance des bâtiments, certains bâtiments ne supportent que peu de poids en plus sur leur toiture (constructions anciennes). Il faut également assurer et protéger l’étanchéité du bâtiment, l’eau utilisée pour l’irrigation ne doit pas créer d’infiltrations. Il faut aussi pouvoir gérer l’accessibilité aux jardins en toitures afin que les usagers soient en sécurité. Une installation à découvert doit également être capable de résister au vent.

Une autre contrainte importante est la pollution  de l’air urbain. On ne sait pas vraiment à quel point la pollution atmosphérique peut affecter les productions à découvert et il faut donc trouver un moyen de les préserver de cette pollution.

Une culture dans un récipient oblige à limiter le lessivage des nutriments compris dans le substrat car ce sont les nutriments qui permettent aux plantes de pousser.

De plus, il faut savoir que le prix des légumes produits grâce à ce type d’installation n’est pas toujours moins cher que celui des supermarchés. Tout dépend des projets et de leur vocation : commerciale ou associative…

En attendant Agepur à mesuré que 80 hectares de toitures présentent un haut potentiel de végétalisation sur la ville de Paris (intramuros) et que 100 autres hectares présentent un potentiel de 30%.

Un œil sur quelques grands projets d’agriculture urbaine…

Depuis une petite quinzaine d’années, de plus en plus de projets de fermes verticales XXL voient le jour. Ces projets sont tous autant ambitieux les uns que les autres. Pour la plupart, ils prévoient l’utilisation d’énergies renouvelables pour procurer l’énergie nécessaire au fonctionnement de ces giga fermes. Les parois sont en verres pour laisser passer un maximum de lumière solaire.

Voici deux exemples de ces projets :

The Vertical Farm imaginée par Dickson Despommier

Vertical Farm - pages-energie
Vertical Farm – pages-energie

Projet Dragonfly imaginé par Vincent Callebaut

Dragonfly - pages-energie
Dragonfly – pages-energie

Malheureusement, beaucoup de travail reste à faire avant que ces projets ne soient réalisables techniquement.

TOPAGER - pages-energie
TOPAGER – pages-energie

Ces fermes, en imaginant qu’elles fonctionnent, pourraient fournir un rendement 4 à 6 fois supérieur à celui d’un hectare de culture classique. Mais c’est sans compter le coût de production de tels projets qui constitue un obstacle de taille. En effet, le budget requis pour 60 hectares de cultures verticales varie entre 60 et 75 millions d’euros !

Bien heureusement, beaucoup d’organismes à Paris cherchent à concevoir des projets plus modestes et réalisables. Par exemple, voici le projet TOPAGER ci-contre qui comporte même un poulailler !

Pour aller plus loin:

Répondre