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Le nucléaire, une affaire qui dure

La ministre de l’environnement et du développement durable Ségolène Royal a donné son feu vert pour une prolongation du parc nucléaire en France avec pour seule condition l’avis positif de l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN). Car selon ses propos, les centrales étant à ce jour amorties, l’électricité sera moins chère…Mais à quel prix environnemental et avec quels risques?

 Rappels du nucléaire en France

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Carte de répartition du nucléaire en France.

La France possède 58 réacteurs nucléaires répartis sur 19 centrales offrant une puissance de 63.2 GW. Et même si elle produit 77% de l’électricité en France, seuls 17% sont réellement utilisés en consommation d’énergie finale. Car le plus gros consommateur d’énergie provenant du nucléaire est le nucléaire lui-même. Cela change la donne sur le fait que nous ne pouvons pas nous passer du nucléaire car il représente soit disant une part primordiale dans la consommation d’électricité. C’est le poids du pétrole qui reste à ce jour le plus élevé avec 42% de l’énergie consommée.

Ce sont uniquement les aides des subventions publiques qui ont rendu l’énergie nucléaire attractive. Oui le nucléaire ne dégage que très peu de CO2 et ne participe pas à l’effet de serre mais qu’en est-il des déchets radioactifs ? On ne sait toujours pas les traiter et les centrales vieillissantes sont difficiles à démanteler.

Un jeu dangereux du gouvernement ?

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Quand la nature reprend ses droits à Fukushima (Crédit photo: Arkadiusz Podniesinski )

5 ans après Fukushima, alors que le monde entier à compris que la maitrise totale des risques était impossible, aucune leçon n’a été retenue. Et le président de l’Agence de Sureté Nucléaire a prévenu, il n’y a pas d’effectifs suffisant pour effectuer sérieusement un travail profond et concret apportant une réponse sécurisée. En plus de cela, la France ne provisionne des frais liés au démantèlement des centrales vieillissantes et au traitement des déchets qu’à hauteur de 31% ce qui est bien faible par rapport aux autres pays européens (100% pour la Grande-Bretagne ou 83% pour l’Allemagne).

L’exemple japonais montre bien que malgré toutes les technologies de pointes, quand arrive un accident, c’est une réelle catastrophe. Et les conséquences sont bien trop souvent sous estimées avec un manque de transparence qui peut conduire à de gros dégâts écologiques et sanitaires.

Dans cette décision de maintenir et de soutenir le nucléaire, le gouvernement français ferme les yeux et joue un jeu dangereux en conditionnant une telle décision à un simple feu vert d’une Agence pourtant par ailleurs en manque de moyens. L’Etat devra prendre ses responsabilités en cas de problème, mais est-ce que cela sera vraiment le cas ? N’oublions pas que les pays limitrophes s’inquiètent, pour preuve la plainte contre X déposée par le canton de Genève, situé à 70 km de la centrale du Bugey, pour obtenir sa fermeture. Car les craintes quant à un accident nucléaire sont fortes au vu de la maintenance défaillante des centrales françaises. Autre cas litigieux, la centrale de Fessenheim qui chaque année voit sa date de fermeture déplacée, faisant réagir bon nombre de personnes Outre-Rhin qui demande sa fermeture depuis déjà 2006.

La loi de transition énergétique déjà oublié ?

La COP21 n’est pas si lointaine et ses objectifs de la loi de transition énergétique sont pourtant clairs. Ne pas dépasser les 50% d’électricité d’origine nucléaire d’ici à 2025. Pour cela il faudrait fermer 17 à 20 réacteurs nucléaires sur les 58. Un réacteur a une durée de vie de 40 ans et le timing aurait pu être parfait. Datant de la fin des années 70 et 80, d’ici à 2025 la moitié des réacteurs aurait atteint leur limite d’utilisation.

L’endettement et l’effondrement des valeurs boursières d’EDF pousse ces derniers à vouloir augmenter encore et encore la durée d’utilisation des réacteurs (50 voire 60 ans). EDF est au pied du mur et a dû, forcé par le gouvernement, racheter la branche réacteurs d’Areva et investir dans l’EPR d’Hinkley Point. Pas très étonnant dans ce contexte qu’EDF fasse tout pour prolonger l’activité des réacteurs.

L’objectif de diminuer la part du nucléaire en France est pourtant pour demain. Alors pourquoi soutenir et investir des milliards dans un domaine vieillissant et dangereux plutôt que de booster le développement des énergies renouvelables. La centrale géothermique de Bouillante aurait bien besoin de ce soutien financier pour éviter d’être vendue aux américains.

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