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Le réemploi dans le bâtiment n’est pas encore une priorité pour le BTP

La loi de transition énergétique exige que 70% des déchets du bâtiment soit valorisés d’ici à l’horizon 2020, pourtant la filière de valorisation peine à se mettre en place. Mais d’abord qu’est-ce que le réemploi ? Et pourquoi tant de freins à sa mise en œuvre ? Quelles actions pour y pallier ?

A l’occasion des Journées Techniques Nationales Déchets des 28 et 29 juin dernier, l’ADEME a publié une étude baptisé « identification des freins et des leviers au réemploi de produits et matériaux de construction » pour tenter d’aider les acteurs de la construction.

Qu’est-ce que le réemploi ?

Le réemploi consiste à réutiliser des matériaux issus de la déconstruction des bâtiments tout en conservant la forme et la matière pour éviter qu’elle atteigne le stade de déchet. Cela évite ainsi l’utilisation de nouvelles matières premières ou permet de réutiliser des stocks d’erreur de commande, de surplus ou d’invendus.

Au contraire le recyclage lui consiste à récupérer tout ou une partie d’un produit pour le réintégrer dans un cycle de production. Le recyclage permet également de diminuer la quantité de matière première utilisée et donc améliore l’ACV (Analyse du Cycle de Vie) du produit mais nécessite la reformation d’un nouveau produit et donc beaucoup plus d’énergie que dans le réemploi.

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Exemple de réemploi de béton de déconstruction par Bellastock

Il faut savoir que le Programme National de Prévention des Déchets 2014-2020 fixe les déchets du BTP au rang de priorité n°1.

Plusieurs étapes sont essentielles pour pouvoir faire du réemploi :

  • Le diagnostic : il consiste à connaître la structure et la composition du bâtiment pour identifier les matières qui vont pouvoir être revalorisées.
  • La prescription : il s’agit là de savoir ce qui va pouvoir être fait grâce aux matériaux récupérés. Une conception qui doit bien sûre être en accord avec la matière récupérée et qui doit suivre les règlementations.
  • Préparation : une fois les deux premières étapes effectuées, le chantier peut commencer et notamment la déconstruction du bâtiment avec le tri de ce qu’il faut récupérer pour le réemploi. Il s’agira donc de démolir, collecter et stocker la matière
  • Mise en œuvre : Une fois les matériaux récupérés, ils peuvent être transformé sur place (permettant une gestion circulaire) ou transporté sur un autre site. Ici, le savoirfaire artisanal est primordial et le projet est mis en place.

 

 Les freins à sa mise en œuvre dans le BTP

L’analyse de l’ADEME a permis d’identifier 23 freins au réemploi soit 14 dans le bâtiment et 9 dans les travaux publics. Et les sources de freins sont variées : juridiques, techniques, économiques, liés à l’environnement ou à la santé ou encore de par les acteurs qui n’ont pas toujours bien intégré la pratique du réemploi.

3 problèmes principaux ressortent malgré tout :

  • Le problème du marquage CE et de déclaration de surveillance que doit porter chaque produit. Il est compliqué de surveiller ces normes lors d’un réemploi de matériaux qui n’était initialement pas prévu pour. Une évolution des normalisations est à prévoir dans un tel cas ou tout simplement dès la production du matériau pour pouvoir penser en amont à son réemploi.
  • Les risques liés à l’usage du produit de dépose (démolition, entretien ou réhabilitation) notamment les risques sanitaires et l’assurabilité des nouveaux matériaux mis en œuvre. En effet lorsqu’un bâtiment est construit il est soumis à la garantie décennale (par le constructeur) et à la garantie dommage ouvrage (par le maître d’ouvrage) sur une durée de 10 ans. Un matériau utilisé dans un autre contexte n’est pas forcément assurable au même titre.
  • Gros point sur lequel il faut travailler, la sensibilisation des différents acteurs de la construction. Le réemploi nécessite une certaine organisation et une coordination entre des acteurs qui n’ont pas forcément l’habitude d’être en relation. Les sensibiliser et leur faire comprendre à tous l’intérêt du réemploi est essentiel.
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Chantier Actlab par Bellastock pour le réemploi

Quelques actions proposées par l’ADEME pour atteindre les objectifs

Afin d’aider ces différents acteurs à atteindre les objectifs fixés par la loi, l’ADEME à identifier 37 actions susceptibles de faciliter le réemploi. 5 types de leviers d’actions ressortent par rapport aux freins identifiés :

  • Outils, procédures, textes techniques
  • Réglementation sur les plans techniques, fiscaux, juridiques
  • Développement des compétences, formation, sensibilisation
  • Soutien aux entreprises, structuration des acteurs
  • Exemplarité (retour d’expérience, labellisation, subventions d’actions, utilisation de relais)

Ces différents leviers, une fois correctement identifiés et améliorés, vont permettre de répondre aux trois grands objectifs principaux du réemploi. Ainsi on pourra mettre en place clairement les conditions nécessaires au réemploi, créer des opportunités et enfin renforcer la prescription des matériaux et produits de réemploi.

Actuellement plusieurs projets et outils sont en cours afin d’accompagner les acteurs dans ce projet de réemploi ou tout du moins de limitation des déchets à la source. Vous pouvez notamment retrouver sur le site de l’ADEME des fiches avec des recommandations et exemples de réalisation pour réduire les déchets dans le bâtiment à tous les niveaux : sols, peinture, plâtre…

Le projet BAZED, co-financé par l’ADEME, est également fortement engagé sur le sujet et permet de penser dès la conception du bâtiment aux déchets et à leur gestion.

 

Bien sûr la partie règlementaire est essentielle pour faire bouger les choses et la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte y participe déjà. Mais les bénéfices que peut représenter le réemploi n’est également pas à mettre de côté…Car s’il représente certaines contraintes d’organisation, il apporte une baisse sur le budget de l’ordre de 20 à 50% d’économie selon l’ADEME.

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