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Les tribulations du photovoltaïque en France

TPAMPSNous reproduisons ci-après un document d’information du Groupe Facebook: “Touche pas à mon panneau solaire” (TPAMPS).

“Touche pas à mon panneau solaire” est un groupe de discussion sur Facebook, initié par l’avocate Ariane Vennin. C’est un outil collectif pour répondre à la publication du Décret numéro 2010-1510 du 9 décembre 2010 suspendant l’obligation d’achat de l’électricité produite par certaines installations utilisant l’énergie radiative du soleil.

Qu’est ce que le photovoltaïque?
Le pv (photovoltaïque) est une source d’énergie qui utilise la radiation du soleil pour produire de l’électricité. C’est une source d’énergie renouvelable abondante et bien répartie. En effet, au quotidien l’énergie fournie par le soleil est 11.250 fois plus importante que les besoins de la population mondiale. En outre, Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) le temps de retour énergétique d’un système photovoltaïque, c’est-à-dire le temps nécessaire au système pour produire l’énergie qu’il a consommé lors de sa production, varie entre 1.36 et 4.7 années selon le pays d’installation et le type d’intégration (et le type de module également…). Retour énergétique à mettre en relation avec la durée de vie du système qui dépasse les 30 ans…

Si l’ensoleillement est relativement bien réparti il est aussi intermittent, ainsi l’électricité photovoltaïque est produite pendant la journée, avec une puissance crête à midi heure solaire. Il y a donc un déphasage entre pic de production et pic de consommation. Les sites isolés répondent à cette contrainte par l’ajout d’un parc de batterie. Actuellement, pour des raisons de coûts, sur les réseaux de distribution, l’énergie produite est directement consommée ce qui impose une gestion précise de la production.

Le photovoltaïque fera donc partie d’un panel énergétique, ce n’est pas la solution mais un de ses éléments. Le pv installé en France (juillet 2010) ne représentait que 0.1% de la production nationale.

Qu’est ce qu’une installation solaire photovoltaïque raccordée au réseau?
Du matériel: Une installation pv raccordée réseau est un système composé de modules photovoltaïques qui produisent du courant continu. Ce dernier est acheminé par des câbles à l’onduleur qui transforme ce courant continu en courant alternatif ayant les mêmes caractéristiques que celui qui transite sur le réseau de distribution. Dans une installation photovoltaïque on rencontre aussi des dispositifs de protection des biens et des personnes ainsi qu’un système de montage.

…et des hommes: Une installation photovoltaïque c’est aussi du travail avec de la recherche et développement, un processus industriel, des bureaux d’études qui évaluent la faisabilité et dimensionnent les projets, des chargés d’affaires qui font le lien entre des installateurs et leurs clients finaux, des installateurs habilités aux niveaux charpente et électricité et enfin indirectement beaucoup d’autres corps de métiers qui profitent de cette activité (maçons, charpentiers, architectes, fournisseurs de matériel…). Derrière une installation photovoltaïque se cache donc toute une chaine de valeur ajoutée dont la majorité (dans l’aval du processus industriel) est fortement pourvoyeuse d’emplois locaux et non dé-localisables.

Le photovoltaïque dans le monde de ses débuts à nos jours:
Il y a un peu plus de 170 ans, Antoine Becquerel découvrait l’effet photoélectrique. La technologie photovoltaïque a connue ses premières applications concrètes dans les années 60 avec l’appareillage de satellites pour ensuite se développer dans le domaine de l’électrification des sites isolés (années 70).

Dans les années 80, le prix des modules photovoltaïques (un des éléments de l’installation) connait une première baisse de prix importante, passant d’environ 25€ le Wc en 1980 à pas loin de 6 euros en 1990. Cependant, la production reste marginale et le coût de revient du KWh prohibitif.

Les années 90 amorcent le développement des systèmes raccordés au réseau. L’Allemagne fortement marquée par la catastrophe de Tchernobyl (1986) fait voter, en 1990, une loi garantissant les tarifs d’achats de l’électricité photovoltaïque (pv). Le Japon suit de près (1994), il concrétise un programme de recherche soutenu depuis les années 70 et devient le premier marché mondial.

Les années 2000 sont, elles, marquées dans un premier temps par l’explosion du marché Allemand qui fait suite au vote, en 2000, de l’actuelle loi régissant les tarifs d’achats de l’électricité solaire photovoltaïque (EEG). En 2001, le tarif à 50.6 € cent du KWh engage l’Allemagne sur la voix du Japon qu’elle dépassera bientôt en terme de puissance installée: à la fin des années 2000, on ne parle plus de Mégawatts (MW) mais de Gigawatts (GW). Dans le même temps les marchés Espagnol, Tchèque, Italien, Américain, Chinois et Français se développent notablement.

Les prix des modules, qui étaient jusqu’alors largement le premier poste de dépense, chute considérablement:
– début octobre 2010, le prix moyen des modules européens sur le marché allemand était de 1.61/Wc (cf. photon international 11/10).
– Un mois plus tôt Trina Solar annonçait pouvoir produire des modules cristallins à un prix inférieur à 1$/Wc (0.75€) dès début 2011.

Dans le même temps le prix des onduleurs est resté stable à cause d’une demande soutenue mais il n’y a nul doute qu’il baissera considérablement dans les années à venir ; l’onduleur est une technologie de pointe pour laquelle l’investissement de base en R&D s’amortit sur les volumes.

Ce sont des données parmi d’autres qui permettent raisonnablement de penser que le pv aura un rôle à jouer dans le mix énergétique au niveau mondial (l’ensoleillement étant relativement bien réparti). Rôle qu’il joue déjà dans certaines parties de notre planète comme en Californie ou après un programme de développement accéléré le pv a atteint la parité réseau, le coût de l’électricité pv correspondant au prix que paye le consommateur.

Le photovoltaïque en France:
La France a une longue tradition dans le solaire en site isolé mais ce n’est qu’à partir de 2006, avec le tarif d’achat à 55 euro cents du KWh (30 de base + 25 de prime d’intégration), que les systèmes raccordés au réseau d’électricité se développe réellement.

En 2008, le marché prend de l’ampleur, le tarif d’achat (55 euro cents du KWh indexé) est le plus important d’Europe. L’Espagne qui est, cette année là, le premier marché mondial, nous montre l’exemple à ne pas suivre. Sa gestion laxiste da la politique d’achat de l’électricité solaire photovoltaïque a favorisé un développement foudroyant des installations suivi d’une rupture radicale.

En Janvier 2009 la revue photon (page 20 dans la revue en espagnol) titre, son article concernant le marché français, “La peur du tsunami espagnol”: on peut y lire, à travers une analyse de la conférence de presse de Jean Louis Borloo du 17 novembre, les prémices de la politique de stop and go et d’incertitude qui sera caractéristique de la gestion du dossier photovoltaïque par l’Etat français.

Le 09 septembre 2009, un projet d’arrêté conforte les tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque pour les deux années à venir. Mais fin décembre, les acteurs de la filière découvrent l’avis du Conseil Supérieur de l’Energie (CSE) ils s’empressent alors de boucler leurs dossiers engagés plusieurs mois auparavant.

Le 12 janvier, est publié au journal officiel un arrêté à effet rétroactif (deux mois) “fixant les conditions d’achat de l’électricité produite par les installations utilisant l’énergie radiative du soleil”. Cette arrêté anéantit plusieurs mois de travail et laisse la filière sans cadre juridique précis

Il faudra attendre le 16 mars 2010 pour que le précédent arrêté soit précisé par un nouveau. Ce qui laisse un peu plus de 5 mois aux personnes concernées pour interpréter le texte et monter un dossier avec les nouveaux tarifs en vigueur (relativement court à l’échelle d’un dossier supérieur à 3 KWc).

En effet, le 1 septembre, moins d’une semaine après l’annonce par communiqué de presse d’une nouvelle baisse des tarifs d’achat, un autre arrêté est publié et confirme cette baisse.

Enfin, le 9 décembre 2010, un décret à effet rétroactif est mis en place, il affecte presque six mois de travail d’un point de vue juridique: plus ou moins trois mois pour la constitution d’une proposition de raccordement (Proposition Technique et Financière ou Proposition de Raccordement) par le gestionnaire de réseau et 3 mois de délais d’acceptation de cette même offre.

Dans la pratique, c’est jusqu’à un an et demi de travail: de fait certains dossiers ont été repoussés d’arrêté en arrêté, pour d’autres ce sont les démarches préalables tels que l’obtention du permis de construire qui prennent du temps, la demande de raccordement et l’installation étant les phases finales d’une longue démarche.

D’autre part un moratoire de trois mois sur l’achat d’électricité photovoltaïque a été décrété. Il doit mettre à plat le système de soutien à la filière. Les membres de cette filière qui souhaitaient depuis longtemps cette révision du système auront du mal à supporter la manière:
En effet, si ils s’accordent pour dire qu’il faut s’attaquer aux lenteurs des démarches administratives, au manque de transparence sur la file d’attente (dossiers complets chez ERDF), au manque de bonne volonté d’EDF qui administre l’obligation d’achat et se retrouve juge et partie (EDF, à travers ses filiales, détient une partie importante de la file d’attente)et surtout à la gestion de la politique tarifaire… les membres de la filière, pour qui le décret affecte un grande partie du carnet de commande et les empêche de commercialiser de nouveaux projets jusqu’en mars auront beaucoup de mal à survivre. De plus, la “concertation” organisée par l’état semble leur laisser peu d’opportunités.

Aujourd’hui l’état est critiqué pour la non gestion du dossier photovoltaïque et le décret illégal de décembre 2009 est attaqué.

Dans le contexte actuel, il est difficile de faire des prévisions quant à l’avenir du photovoltaïque en France et pourtant il serait regrettable pour un pays comme le nôtre de passer à côté d’un vecteur de croissance verte qui est générateur d’emplois décentralisés. Par ailleurs il n’est pas trop tard pour se positionner au niveau industriel, les efforts de recherche qui ont été entrepris couplés à un soutien actif aux industriels pourraient permettre de se placer en acteur majeur au niveau mondial.

Source: Pierre de Saligny, membre du Groupe Facebook: “Touche pas à mon panneau solaire”  (TPAMPS)

3 réponses

  1. Eric dupont
    | Répondre

    La raison pour laquelle letat se desengage du photovoltaique et qui nest pas mentionne dans cet article est quill existe des technologies a plus fort potentiel de croissance, dou lappel a manifestation lance par letat le 11 janvier 2011.

  2. de Lenclos
    | Répondre

    Dans la vieille ville universitaire de la Hesse, Marburg (80 000 habitants, dont plus de 20 000 étudiants), la municipalité a décidé de développer les énergies renouvelables, et ce sont tous les habitants (ou presque) qui doivent s’y mettre. Elle a voté une « charte » obligeant tous les propriétaires de bâtiments anciens à installer des panneaux solaires sur leur toit dès lors qu’ils engagent des travaux de réfection de toiture ou de modification de leur système de chauffage. Le tout, à leurs frais.
    Cette information situe l’atterrant retard intellectuel et culturel des gouvernants français et de leurs administrations !
    Laissez-moi vous narrer ce qui n’est hélas pas une fable, et qui pousse un Français à se demander comment il serait possible d’imaginer favorablement l’avenir du photovoltaïque en France quand le pays est en butte d’une part à un gouvernement qui remet en cause les conditions de rachat de l’électricité produite, interdisant ainsi toute étude d’amortissement de l’investissement envisagé par les particuliers, et d’autre part, plus gravement encore, quand les architectes des Bâtiments de France (BdF) interdisent aux propriétaires de maisons anciennes de recourir à cette énergie renouvelable pour tenter de juguler l’inflation galopante du budget énergétique dans des demeures anciennes, éléments de patrimoine, mais qui tomberont en ruine si on leur interdit, au titre de dogmes déplacés au 21ème siècle, le recours aux énergies renouvelables ?
    Dans le Puy-de-Dôme, au titre de la préservation de la vision aérienne des toits rouges d’un bourg qui possède une église romane classée, les BdF interdisent sur les toits des demeures anciennes la pose de panneaux photovoltaïques, mais l’autorisent sans état d’âme sur les constructions modernes du bourg, devenu village-dortoir, à 15 Km de Clermont-Ferrand. Dans ce bourg, par ailleurs, on y construit, au cœur historique même, qui une verrue moderne d’acier, de verre et de béton sur une mairie authentiquement du XVIIIème siècle, restaurée par ailleurs avec les subventions des BdF, qui un immeuble social aux façades de bois lambrissées de couleur acajou, attenantes à un hôtel ancien, au titre du témoignage “de l’époque et de l’esthétique contemporaines”, ce que ne sont donc probablement pas les panneaux photovoltaïques pour ces censeurs. On y tolère aussi les portes de garage en aluminium brillant, les toits de tôle ondulée, de verre et de fibrociment sauvages, et la prolifération des paraboles satellitaires par dizaines, et les publicités de grand format sur les murs de bâtiments de la commune “authentique”. Par contre, les panneaux photovoltaïques, eux, y sont jugés hérétiques.
    Comment peut-on concevoir une telle discrimination, qui accepte le photovoltaïque sur les maisons neuves qui sont a priori d’une isolation thermique de bon niveau, et l’interdit sur les demeures anciennes qu’il devient quasiment impossible de chauffer avec des énergies fossiles dont le coût explose, et dont l’isolation, outre qu’elle peut retentir sur l’esthétique, par exemple en extérieur, est extrêmement difficile et coûteuse ?
    Dans une de ces demeures, rachetées il y a longtemps à faible prix parce qu’elle était en piteux état, un propriétaire, acculé par la montée des coûts de chauffage à base d’énergie fossile (gaz de ville), a dû se résoudre, quarante ans plus tard, pour continuer à vivre dans une maison qu’il chérit, à sacrifier toutes ses économies pour refaire le toit, isoler les combles, remplacer les fenêtres, installer des pompes à chaleur pour réduire au maximum la consommation de gaz. Ce faisant, il a dû recourir au triphasé, avec une sérieuse augmentation de la note d’électricité. Pour rétablir l’équilibre financier, il a donc voulu parachever l’installation par production de photovoltaïque, avec une solution française plus coûteuse que les offres concurrentes, en revendant les 3 KWh produits à ERDF, puisque l’Etat, et peut-être aussi les capacités de stockage de l’énergie produite, ne permettent pas un usage direct par le particulier. Ceci étant, l’électricité produite profite à la communauté et contribue d’autant au besoin de consommation électrique locale.
    Les BdF et la DDT ont émis un avis défavorable à cette installation !
    Comment avec un tel état d’esprit, dans un pays où l’opinion publique réfute le nucléaire, les champs d’éoliennes, le gaz de schiste, dans un pays où l’on a exploité tous les sites d’énergie hydrauliques de taille, peut-on sereinement envisager l’avenir du photovoltaïque si les obstacles aux productions domestiques, individuelles sont multipliés par les dogmes de BdF qui voient le problème par le gros bout de la lorgnette ? Pourtant, la multiplication de sites domestiques de production d’électricité, tant par le photovoltaïque que par des éoliennes de petites dimensions, aurait l’avantage à terme de réduire le besoin en grandes centrales nationales de production d’énergie électrique : les petits ruisseaux font les grandes rivières. Le cercle vertueux s’enclencherait : avec une demande croissante, la recherche française serait encouragée, tant pour des panneaux à haut rendement s’intégrant mieux dans tout décor qu’en capacités de stockage, en synergie avec les besoins de stockage que requièrent les perspectives des véhicules électriques, les coûts de production diminueraient dans le temps, les petits ruisseaux se multiplieraient, l’équilibre national s’améliorerait (c’est une philosophie équivalente à celle qui a fait diminuer le besoin en sites informatiques centraux d’énormes puissances par la diffusion d’ordinateurs personnels locaux, “domestiques”, en leur périphérie).
    Qui pourrait dépoussiérer les administrations françaises réactionnaires et aveuglément intransigeantes ? Tous les experts s’accordent à noter le déclin d’une nation qui passait pour avoir un fond d’intelligence et bien des atouts. Qui sur de tels exemples pourrait s’étonner de cette régression ?
    Dans ce domaine précis, à vouloir protéger exclusivement l’aspect esthétique du patrimoine (avec deux poids deux mesures peu compréhensibles au commun des citoyens et des considérations esthétiques discutables : “de goûts et de couleurs il ne faudrait discuter”), les pouvoirs publics français vouent une partie de celui-ci à disparaître : si les vieilles demeures deviennent impossible à entretenir, ce n’est pas l’Etat, en la situation de ses finances, qui prendra le relai, et elles finiront par tomber en ruine. Et disparaître, par la grâce des règlements administratifs censés les protéger !

  3. panneau photovoltaique
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    La photovoltaïque est arrivé en France depuis quelques années. Les français commencent à s’y intéresser puisqu’ils connaissent l’intérêt de bénéficier d’un énergie solaire. Il suffit d’un peu de coup de pousse de l’Etat, enfin je le pense!

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