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La promotion immobilière durable, décryptage avec Marie-Line Tassius d’Optimisme23.

Marie-Line Tassius

Marie-Line Tassius est responsable et créatrice de la société Optimisme23, spécialiste en montage d’opérations immobilières complexes à fortes valeurs environnementales à destination des acteurs de l’investissement immobilier. Nous avons souhaité connaître son point de vue sur la promotion immobilière durable :

Quelle est votre définition de la promotion immobilière durable ? Pourquoi « durable » ?

« Selon moi « durable » n’est pas le bon mot, ce serait plutôt « soutenable », c’est-à-dire une promotion immobilière qui prend en compte les ressources matérielles, humaines et sociales. « Durable » est un mot générique qui véhicule une fausse idée, c’est une mauvaise traduction de l’anglais « sustainable ». Par exemple un bâtiment durable voudrait peut-être dire qu’il est conçu sans perspective d’évolution? Or, on ne peut plus concevoir un bâtiment comme « figé», il faut construire dans l’optique que le bâtiment puisse évoluer pour s’adapter aux usages de demain ou même disparaisse, que les matériaux se recyclent. Il faut préserver les possibles du futur.

Je préfère intégrer la notion de bâtiment avec peu d’impact sur son environnement. Ce qui est important, et pas seulement dans le bâtiment, ce sont les ressources : l’économie des ressources, les ressources humaines (attention portée au cycle de production) et la ressource sociale, et la ressource financière (est-ce que la promotion immobilière est une simple opération financière ou est-ce qu’elle apporte plus à son environnement ?). La promotion immobilière doit réfléchir au traitement de ces externalités.

Quels sont les enjeux de la promotion immobilière durable pour vous ?

« L’enjeu majeur est de recentrer le bâtiment sur les besoins, le confort et la santé des futurs occupants. Cela passe par l’utilisation de matériaux innovants, naturels et performants ainsi que la création de la filière des matériaux naturels. La montée en compétence des entreprises (architectes et artisans) est déterminante pour la maîtrise de la santé des occupants, notamment par la connaissance des matériaux, et pour la maîtrise des coûts. Aujourd’hui on est en dépassement de coût sur les opérations immobilières car les opérateurs ne sont pas formés. »

Quels sont les avantages de cette démarche ?

« C’est principalement de remettre l’occupant au centre de la conception du bâtiment. C’est construire en intégrant ses besoins, en pensant à sa santé à son bien-être. Il ne s’agit pas simplement de le loger, mais favoriser l’innovation sociale. L’innovation sociale consiste par exemple à l’implication des futurs acquéreurs à la définition de certains éléments du programme, de les sortir du rôle très passif qu’ils ont actuellement. Mais aussi à l’implication des ouvriers par une compréhension des enjeux techniques du projet, donc plus de transversalité sur le chantier par exemple. »

Selon vous, quels sont les freins à sa mise en œuvre ?

« Je ne citerai pas la réglementation comme un frein, ce qu’elle peut être, cependant, pour moi les freins ce sont les habitudes. L’inertie du milieu professionnel, l’inertie des clients, les mécanismes mentaux des promoteurs et les idées reçues telles que « le bois ça prend feu ! » ou « l’isolation naturelle c’est pas performant ! ». La difficulté pour sortir des chemins connus est énorme… Enfin, dans la promotion durable il y a vraiment une part de prise en compte de l’utilisateur en essayant aussi d’intervenir sur sa participation et en concevant les locaux selon ses besoins. C’est également beaucoup plus de transparence dans le montage des projets. »

pers_K.HUTTE_1Avez-vous un exemple pour illustrer la promotion immobilière durable ?

«  Le projet K’Hutte du réseau Unanimm à Strasbourg est remarquable. C’est un exemple d’habitat participatif très intéressant car c’est un projet de grande échelle qui a mobilisé beaucoup de gens et fait preuve de transparence financière.

De mon côté, je travaille sur des projets favorisant l’activité économique et l’habitat commun. D’ailleurs je pense que les promoteurs iront de plus en plus vers ce type de modèle dans le but de réduire les coûts. »

Comment se positionne votre activité professionnelle par rapport à la promotion immobilière durable ?

« J’essaye d’être un partenaire auprès de mes clients. Je fais en sorte que soit intégrées aux projets (surtout en rénovation pour ma part) la qualité des matériaux, la santé, la qualité de l’isolation, la performance de la ventilation… Mon activité est centrée sur le bien-être et l’appropriation de l’occupant et la mise en place d’une gestion intégrée des espaces communs»

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3 réponses

  1. Pierre et Gwen
    | Répondre

    Article très intéressant et pertinent dans un secteur immobilier qui se soucie encore très peu de l’aspect soutenable des biens qu’il génère.
    Cela rejoint une notion très importante pour nous qui est l’économie globale du projet.
    Il faut arriver à dépasser le point de vue de chacun des acteurs de la construction pour avoir une réflexion d’ensemble sur chaque projet et considérer chaque action avec son impact dans le futur.
    Pour prendre un exemple tout simple de nombreux projets prévoient des cheminements en clapicette. Le rendu esthétique est agréable à court terme et le produit est peu cher. Mais a entretien il faut beaucoup de temps pour desheber, voir utiliser des produits phytosanitaires .

  2. Céline
    | Répondre

    La conception et la réalisation de logements durables prennent en compte le bien-être des habitants tout en respectant l’environnement. Cette article sur la promotion immobilière durable est un sujet très pertinent pour le secteur immobilier de demain.

  3. Bonjour,
    Alors ça c’est un bel article ! 🙂 allier promotion immobilière et respect de l’environnement en prenant en compte” les ressources matérielles, humaines et sociales”, bel enjeu !

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