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Taxer les panneaux solaires Chinois, un enjeu au-delà des Enr ?

Filière française du solaire photovoltaïque

Le sujet divise l’Union Européenne et fait les choux gras de la presse. On présente désormais le différend qui oppose la Chine à l’Union comme le plus grand conflit commercial qui ait divisé les deux partenaires.

Une taxe punitive à hauteur de 47% devrait être adoptées contre la Chine à partir du 6 juin de manière provisoire bien que [de source interne ndlr] il y ait de forte chances pour que l’adoption soit repoussée à la fin de l’année. La réticence de nombreux pays de l’UE en serait une des raisons.

Face à cet état de fait, les “pour” et les “contres” ne manquent pas et sont pertinents.

Oui, la Chine pratique des prix en moyenne 45% plus bas que l’Europe dans le domaine, oui ils bénéficient d’aides gouvernementales et ont récupéré (volé certains diront) 80% du marché solaire européen. Certes les Etats-Unis ont déjà adopté des mesures similaires et ne s’en portent pas plus mal. Et on est d’accord, c’est énervant de recevoir des leçons sur le protectionnisme de pays qui le pratiquent déjà.

Pour autant, une taxe des panneaux chinois serait-elle réellement la solution? Mettons à part le débat sur les possibles retombées économiques pour les filières solaires européennes ; certains disent que cela pourrait faire augmenter les ventes et renforcer le secteur, d’autres au contraire prévoient une hausse des prix qui se traduirait par une baisse des commandes et une suppression d’emplois. Les deux théories sont soutenables et nul ne peut savoir quels seront les effets réels de cette mesure. C’est donc en portant le débat à un autre niveau que nous essaierons de nous positionner.

Des représailles économiques à prévoir? C’est la menace que ne cesse d’asséner le gouvernement chinois depuis que cette mesure est envisagée par la Commission Européenne. Et ce n’est pas lâcheté que d’y prêter attention comme a pu le faire la chancelière Angela Merkel.

Certes, elle est plus concernée que tout autre dirigeant par d’éventuelles sanctions chinoises, l’Allemagne étant le premier partenaire européen de la Chine.

Mais de cette éventuelle taxe, le secteur photovoltaïque européen pourrait devenir la première victime ; en effet les matières premières que les producteurs en Europe importent pour fabriquer leurs panneaux sont en grande partie en provenance de Chine et subiront également des augmentations.

Et ces sanctions pourraient impacter bien d’autres secteurs que le photovoltaïque. L’Europe n’a pas les mêmes armes que les Etats-Unis face à la Chine ; la comparaison tombe à plat. N’oublions pas que l’Union connait une crise de grande envergure et que la Chine est une des solutions qui s’offrent à elle pour en limiter la casse. Le dossier provoque de plus une divergence entre les pays membres et pourraient aboutir sur un affaiblissement de l’exécutif européen dont l’UE n’a pas vraiment besoin en ce moment.

N’est-il pas nécessaire de prendre en compte ces enjeux dans leur globalité avant de se prononcer sur une taxe qui ne semble au premier abord concerner qu’un secteur particulier?

Quelles solutions?

L’Allemagne prône une solution “à l’amiable” entre les deux pays qui ferait moins de dégâts économiquement. La Chine serait-elle prête à jouer le jeu?

On peut en douter. Mais il ne faut tout de même pas négliger le fait que le solaire en Chine non plus ne va pas pour le mieux et que le pays a lui-même pâti de la situation qu’il a créée.

Le ministre allemand de l’économie Philip Rösler a déclaré le 27 mai pour justifier l’avis défavorable que l’Allemagne a rendu à la Commission à propos de la fameuse taxe que ” les mesures de sanction ne sont plus nécessaires”. Nous avons déjà parlé des intérêts géopolitiques et économiques qui se cachent derrière cette décision. Cependant nous pouvons espérer qu’il ne soit pas si loin de la réalité dans cette déclaration.

Du fait du soutien gouvernemental à la production de panneaux solaires, la Chine se retrouve désormais dans une dangereuse situation de surcapacité. Et ce surplus, du fait de la crise que connait le photovoltaïque, ne trouvait déjà plus – avant qu’il soit question de ces mesures- de quoi s’écouler autant qu’avant sur les marchés étrangers.

Les fabricants chinois se retrouvent désormais avec une dette de plus de 17.5 milliards de dollars du fait de ces investissements massifs. Une dette dont les banques d’Etat qui leur avaient accordé les prêts sont également victimes. Autant d’éléments qui pourraient rendre les négociations plus faciles ; la Chine n’a-t-elle pas également intérêt à calmer le jeu?

Contribution de Caroline DoriolBlog Alma Solar


 


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